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Sœur Anne-Gabrielle.
Comment avez-vous rencontré la congrégation Saint-Jean ?
En 1998, alors que j’effectuais un pèlerinage à Patmos auquel participaient aussi un frère et une sœur… A l’époque, je travaillais depuis 10 ans comme assistante de direction dans une fondation à Paris. Je participais à un groupe de prière qui se réunissait tous les quinze jours et j’en ai même eu la responsabilité. En fait, si j’ai toujours été croyante, je ne savais pas trop où j’en étais. Je cheminais pour savoir où le Seigneur m’appelait et je ne sentais pas d’appel clair et net. Cependant, en moi, un besoin de plus en plus pressant faisait jour : suivre le Christ et lui donner tout. Je voulais être au service des autres et partager le trésor reçu du Seigneur.
Vous n’avez pas pensé à une consécration dans le monde ?
Si, bien sûr, cette question s’est beaucoup posée. Il me semblait que je ne pouvais pas laisser ce monde qui est en train de mourir de soif à côté d’une source intarissable. Le Christ a toujours beaucoup compté pour moi, et il me semblait que je devais aider les autres à le découvrir. J’avais beaucoup d’amis et, avec la plupart nous partagions la même foi. J’avais un travail passionnant. Mais cela ne me comblait pas. Je pensais que je devais donner davantage de moi-même. Un prêtre m’a aidé à discerner le véritable appel du Seigneur. J’ai fait une retraite pour aller plus loin. Je voulais aller au fond des choses : dans la recherche de la vérité, dans la rencontre avec les autres. Je voulais avoir un regard eucharistique : regarder avec le regard du Christ qui rend grâce à son Père. C’est là que j’ai découvert la Congrégation Saint-Jean et elle répondait à ces attentes.
Comment s’est passée l’entrée dans la congrégation ?
En fait, je suis rentrée à Saint-Jean deux ans après cette retraite. Avec l’entrée dans la communauté c’était comme une plongée : une plongée dans l’esprit monastique et dans l’Eglise. Cette double vocation qui est celle de la Congrégation Saint-Jean me convenait particulièrement. Au début, c’était un peu difficile car les autres novices étaient plus jeunes que moi qui suis rentrée au noviciat à trente-trois ans. Mais très vite nous nous sommes rendu compte que le Christ faisait notre unité et nous nous sommes beaucoup apporté les unes aux autres : le dynamisme des jeunes et la vision du monde et de l’Eglise des plus âgées se complétaient.
Est-ce qu’il n’est pas un peu fou d’être religieuse dans le monde d’aujourd’hui ?
L’amour du Seigneur est tellement fou que notre réponse ne peut-être que folle : nous avons soif de Lui parce qu’il a soif de nous. La consécration que j’ai reçue en devenant religieuse est autre que celle que j’aurais pu recevoir en restant dans le monde : elle est plus cachée, mais elle reste visible tout de même. En fait en se donnant aux autres on se trouve soi même et on trouve Dieu. J’ai remarqué que lorsque l’on n'a pas envie d’aller quelque part et que l’on y va quand même, c’est souvent là que Jésus nous attend. Cela m’aide beaucoup à avancer.
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Sœur Myriam-Emmanuelle
Votre accent laisse deviner une origine étrangère ?
Oui, je suis autrichienne.
Les sœurs de Saint-Jean sont présentes en Autriche ?
En fait, c’est au cours d’un festival pour les jeunes que j’ai rencontré des frères de Saint-Jean. Leur enseignement m’a beaucoup plu : il y était question de recherche de la vérité et d’aller au fond des choses. Cela m’a interpellée.
Vous aviez envisagé une vocation à la vie religieuse ?
Pas du tout. Je voulais me marier et j’avais même un ami que j’envisageais d’épouser. Mais dans le même temps il me semblait que le mariage, même avec lui, ne me permettrait pas de vivre tout l’amour que j’avais en moi.
Après ma première rencontre avec les frères j’ai tout de suite voulu entrer dans leur communauté. On m’a expliqué que comme j’étais une femme ce ne serait pas possible, mais qu’il existait une communauté des sœurs de Saint-Jean. J’ai donc pris le chemin de la France et ce fut ma première rencontre avec les sœurs. Je suis rentrée au noviciat alors que j’avais 19 ans.
Votre famille vous encourageait dans cette vocation ?
Pas tellement. Ma famille n’est pas pratiquante, mes parents sont séparés et mon père est plutôt opposé à tout ce qui est religieux. J’ai eu moi-même des périodes de doute et même de rejet. Quand j’avais douze ans, une vraie famille me manquait beaucoup. Du coup je sortais beaucoup en discothèque et j’ai vécu pas mal de choses pas très reluisantes. Plus j’avançais dans cette vie artificielle, plus j’étais déçue et plus j’allais loin. C’était une véritable descente aux enfers. J’étais proche du désespoir.
Ma mère priait pour moi et c’est elle qui m’a envoyée au festival pour les jeunes dont je parlais. J’y ai vraiment fait la rencontre de Dieu. Tout a changé, j’avais l’impression d’avoir trouvé ce que mon cœur cherchait : l’amour de Dieu aussi grand que mon besoin d’amour.
Vous êtes rentrée de suite chez les sœurs ?
Non, je ne suis rentrée que quatre ans plus tard. Entre temps je suis sortie de la misère où j’étais. Un groupe de prière m’a beaucoup soutenue. J’ai expérimenté que l’on n'est pas chrétien tout seul. Mais en même temps, on n'a jamais trouvé le Christ, il faut sans cesse le chercher.
Votre entrée au couvent a surpris votre entourage ?
Oui, sauf quelques amis qui savaient les changements qui s’étaient opérés en moi. Après un moment de surprise ma mère a accepté. En revanche, mon père qui est révolté contre l’Eglise n’était pas trop content.
Comment se sont passées ces premières années de vie religieuse ?
Au départ l’idéal est grand, puis Jésus, par des échecs successifs nous fait un cœur plus pauvre et plus humble. Sans lui on ne peut rien faire. Au départ on est très sûr de soi et fièr de son choix. On découvre peu à peu que sans lui on serait incapable de vivre une seule journée de vie religieuse. Jésus est là, à chaque instant de notre vie. On croit pouvoir se passer de Lui, on croit en Lui, mais on ne compte pas vraiment sur Lui, on croit plutôt en nous. C’est cette erreur qu’il m’a fallu combattre au début.
Ce doit être une expérience rude ?
C’est vrai, plus on avance vers le Seigneur, plus on sent qu’on est vulnérable, on voit sa pauvreté. En même temps cela ouvre le cœur à la pauvreté des autres. En entrant dans la vie religieuse j’avais l’impression qu’une fois les vœux prononcés, tout était fait, j’avais tout donné. En fait, c’est tous les jours qu’il faut donner. On reste ce que l’on a été, on ne trace jamais de croix définitive sur son passé.
L’idée d’une communauté idéale tombe vite et il faut s’adapter. On en revient à cette idée de pauvreté. En même temps, plus on est pauvre, plus on est disposé à recevoir le Christ. Mais sans la communauté nous ne serions rien. C’est un pilier sur lequel on s’appuie. On apprend à goûter les petites choses, à garder le sourire. On dit qu’une sœur unie à sa sœur est une forteresse pour sa sœur.
Quel bilan faites-vous aujourd’hui ?
On est heureux lorsque l’on a tout donné. Je suis heureuse plus que je ne l’avais imaginé. Le Christ vit au milieu de nous et nous n’avons rien d’autre à lui donner que nous même. Lui donner notre temps, notre écoute, notre amour. Dieu comble largement les cœurs.
Des paroles qui ne vous laissent pas insensible..........
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